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vendredi 17 mai 2013

Clédone du jour : Badiou, corps et top-modèle

et vous trouvez ça drôle !





C’est une amie de La-Borde-les-bois qui prononce la clédone du jour, Véronique Bergen : Le corps glorieux de la top-modèle… Il est clair que, par ce syntagme, elle fait allusion, au genre près, au grand symbole mathématique et existentiel de la philosophie d’Alain Badiou. Le top-modèle, c’est un modèle dénombrable de la théorie des ensembles de Zermelo et Fraenkel, avec axiome du choix, la « situation quasi-complète » de L’être et l’événement. Et le corps glorieux, c’est ce que Badiou construit dans Logiques des mondes à coups d’ensembles flous et de théorie des faisceaux. Corps glorieux dans un top-modèle : Véronique Bergen, joignant l’apparaître des vérités à leur esplace d’être-multiple, invente sous nos yeux l’unité du badiousisme.

mardi 23 avril 2013

Deleuzisme : deux lignes de lecture




Eveillé vers 4h par un appel religieux aux haut-parleurs, dans l’obscurité j’ai pris un livre au hasard dans la bibliothèque et c’était le Deleuze face à face de Dumoncel. Très bien, Dumoncel. Bien que ça se présente sous la forme éclatée d’un abécédaire, il cherche l’unité de la doctrine. La doctrine de La-Borde-les-bois, du Bois-Clinique. Sauf qu’il appelle tout « Deleuze », Guattari disparaît, même aux entrées nomade, anti-Œdipe, Kafka, même à l’entrée rhizome.

D’autres auteurs à la recherche du deleuzisme ? Citons Badiou, Deleuze la clameur de l’Être ; citons Sauvagnargues, Deleuze, l’empirisme transcendantal ; citons Montebello, Deleuze : la passion de la pensée.  

En partant de la conférence de 1967 sur la Dramatisation, véritable coup d’envoi de la doctrine, on peut esquisser deux tendances parmi les lecteurs : ceux qui privilégient les dynamismes spatio-temporels individuants, ceux qui privilégient le continuum virtuel de l’Idée et son actualisation. Dumoncel, qui élabore sa propre philosophie dans la foulée du deleuzisme, suit nettement la seconde tendance, tout comme Badiou dont le but est à l’inverse de critiquer la doctrine et de s’en démarquer. Tous deux affirment le deleuzisme comme variante du bergsonisme. Sauvagnargues, elle, suit plutôt la première tendance, où l’entraîne son intérêt pour la peinture, car la peinture est d’une certaine façon la discipline des dynamismes spatio-temporels, l’art des forces. Elle assimile le deleuzisme à une variation sur Simondon et sa philosophie de l’individuation – et du coup, malgré son titre, elle néglige toutes les genèses proprement « transcendantales » dans le premier Diptyque. Peut-être Montebello est-il plus équilibré ? Pas sûr...

La tendance de Dumoncel est particulièrement sensible à l’entrée Individuation de son Face à face. Après un hommage nominal à Simondon, c’est à la genèse statique, à l’actualisation du virtuel qu’il nous renvoie, tant dans Différence et répétition que dans Logique du sens. Rien sur la genèse dynamique, sur l’individuation proprement dite qui « précède en droit la différenciation », rien sur « l’action du champ d’individuation » dont il est question en de tout autres lieux du premier Diptyque (DR, p. 318 ; et les huit dernières séries de LS). 

samedi 13 avril 2013

Clédones du jour : Socrate, production, enregistrement, consommation, individu, âme atomique


Voici les titres du matin sur la page des nouveautés philosophiques Amazon :
(1) L'autre Socrate, étude sur les écrits socratiques de Xénophon
(5) L'âme atomique : pour une esthétique d'ère nucléaire

Autant de mots fortuits que je prends comme clédones du jour, propositions des dieux.

(1) Pour moi, l'autre Socrate, c'est forcément plutôt Badiou, la Maquerelle du vrai ! Mais alors il n'a rien à voir avec le personnage de Xénophon. C'est plutôt l'image du peintre David, reprise dans la frise de couverture de sa République de Platon, quand Badiou se glisse entièrement dans la peau de Socrate.

(2) Vie, capital, aliénation. Ce triplet marxiste, j'ai envie de l'associer tout de suite au triplet de la production désirante, au début de l'Anti-Oedipe, production de productiond'enregistrementde consommation. Car la production de production, c'est la vie même ; la production d'enregistrement en appelle à une analogie avec le Capital (et par extension avec les deux autres grandes formes historiques du socius, la Terre et le Despote). Quant à la production de consommation, certes elle peut mal tourner, rabattue sur les identifications familiales, mais elle coïncide aussi avec une schizophrénie positive, la grâce des devenirs et des conjonctions, voyages, passages, "Tous les noms de l'histoire, c'est moi !" Aliénation n'est alors plus le bon mot, car l'aliéné n'est pas celui qu'on croit.

(3) Le pire qui arrive au désir, lit-on dans le plateau n°6, celui de l'Oeuf dogon, ce n'est pas exactement sa réification, mais de tomber aux mains des prêtres. Triple malédiction sur le désir, magnifique paragraphe au ton nietzschéen. "Tourné vers le nord, le prêtre a dit : Désir est manque ... Puis, tourné vers le sud, le prêtre a rapporté le désir au plaisir .... Puis, tourné vers l'est : Jouissance est impossible, mais l'impossible jouissance est inscrite dans le désir ... Le prêtre ne s'était pas tourné vers l'ouest ... C'est pourtant là que le désir était tapi, l'ouest était le plus court chemin de l'est, et des autres directions redécouvertes."

(4) On ne confondra pas l'individu avec l'individuation. Ce qui est très important, au Bois-Clinique, ce sont les facteurs individuants ; ils sont les dynamismes de l'individuation et de la dramatisation des concepts.
L'individu, c'est plutôt une question logique. La question leibnizienne d'une série de prédicats ou événements qui définissent un individu. Nous sommes renvoyés à la très dense "genèse statique du langage", séries 14 à 17 de Logique du sens. Pour voir comment Deleuze dérive bien de Leibniz sa théorie de l'individu et de la personne (ne pas confondre), comparer aux chapitres 4 et 5 de son Leibniz (Le pli).
Alors, des "incertitudes sur l'individu" ? Forcément, puisque l'individu est moins réel, sans doute, que les prédicats ou singularités impersonnelles qui le définissent logiquement (du côté de la genèse statique ou transcendantale), et que les  facteurs pré-individuels qui le produisent physiquement (du côté de la genèse dynamique ou de l'individuation proprement dite).

(5) Là, il y aurait trop à dire - le couple Schérer-Hocquenghem ! Il est évident que leur "atomique" entre en dialogue raisonné avec le "moléculaire" de leur ami Guattari. Avec ce livre, L'âme atomique, nous sommes chez nous, au Bois-Clinique. Schérer, quand on l'a forcé à se taire sur le désir et la pédagogie, a logé sa propre pensée dans des hommages à Deleuze et à Guattari.
Son apparition fortuite sur Amazon au premier jour de ce blog est un signe des dieux, de Zeus hospitalier en personne ? Bénédiction.